DAVID AMES CURTIS: Quelques remarques sur F. Dosse, Castoriadis : Une vie

DAVID AMES CURTIS

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Quelques remarques concernant

François Dosse, Castoriadis : Une vie


30 septembre 2014

Le livre de François Dosse, Castoriadis : Une vie a paru au début du mois. Les abonné(e)s de la liste “SouBis” se souviendront, peut-être, de l’échange que j’ai eu avec cet auteur il y a exactement un an. J’ai demandé si Dosse a contacté d’autres abonné(e)s que moi pour recueillir leurs “témoignages” autour de cette “biographie intellectuelle” de Castoriadis, comme Dosse l’a si maladroitement décrit. Quelqu’un lui a fait suivre mon interrogation électronique (par la suite, personne sur la liste n’a pourtant admis cet acte) et Dosse, piquant une crise, a unilatéralement annulé le rendez-vous. J’ai partagé avec la liste tout l’échange avec Dosse (voir ci-dessous, à la fin de cette communication), et j’ai reçu directement, lors de la réunion suivante du groupe "SouBis", quelques gentils mots de la part des individus qui questionnaient, eux aussi, cette démarche de “bio intello”.

Aux pages 452-53 de son nouveau livre (voir la note 13), Dosse livre à ses lecteurs une version tronquée et contradictoire de notre échange :

À propos de David Curtis : j’ai bien sûr sollicité ce témoin. Quelques heures avant un entretien qu’il m’avait accordé, j’ai appris que, sans rien connaître de mon enquête en cours ni a fortiori de mon manuscrit, il manifestait, auprès d’une ‘liste’ sur Internet, une défiance à mon égard proche de l’hostilité ; j’ai donc décidé d’annuler la rencontre. Le message envoyé à la liste était le suivant: ‘Y a-t-il quelqu’un parmi vous, à part moi, qui a déjà été contacté par François Dosse concernant son project d’écrire une “biographie intellectuelle” de C. Castoriadis ? Je vais le voir demain. Comme vous verrez ci-dessous, j’ai du mal à comprendre pourquoi il propose une bio intello de CC, alors que ce dernier récusait le terme même d’ “intellectuel”, et alors que cet écrivain refuse formellement de me dire quels sujets il veut aborder auprès de moi ou quels autres “intellectuels” il étudie par rapport à l’oeuvre de CC. Toute cette démarche cachottière et mal conçue me semble assez bizarre.”’

Comme vous verrez ci-dessous” : Dosse élimine cependant ce qui se trouvait plus bas dans mon envoi à la liste “SouBis” - c’est à dire tout notre échange électronique, où il parlait beaucoup de sa propre importance intellectuelle mais pas du tout de son projet.

sans rien connaître de mon enquête en cours ni a fortiori de mon manuscrit” : c’est une vérité mensongère, parce que c’est lui qui, sollicitant mon “témoignage”, a refusé de m’informer du caractère de “[s]on enquête en cours” et du contenu, même d’une façon très vague, “de [s]on manuscrit”. Tout ce que je savais, c’était qu’il projetait de faire une “biographie intellectuelle” d’un auteur qui récusait le terme même. Et Dosse refusait de s’en expliquer : pourquoi, lui ai-je demandé, imposer à Castoriadis une étiquette qui lui est étrangère ? À quelle fin ? Le mot n’est pas anodin ; et si on l’utilise, il faut l’assumer et ne pas faire semblant que “intellectuel” et “oeuvre” sont toujours des synonymes (une affirmation de sa part qui frôle l’absurde).

auprès d’une ‘liste’ sur Internet” : Dosse, en m’écartant ainsi de sa biographie de CC, refuse aussi de souffler le nom “SouBis” ; il semblerait que nous qui participons aux réunions “SouBis” ne méritons même pas (au moins ici ; je n’ai pas encore lu toutes les pages) une mention explicite de notre liste dans cette bio intello de CC, co-fondateur de Socialisme ou Barbarie.

une défiance à mon égard proche de l’hostilité” : comment a-t-il pu deviner mon attitude envers lui s’il refusait de me rencontrer - et compte tenu du fait que je n’ai jamais fait sa connaissance et que je ne pouvais pas former ainsi la moindre opinion (“hostile” ou autre) de sa personne ? Une confusion essentielle s’est glissée dans sa justification de mon exclusion : j’ai parlé non pas de lui mais de sa “démarche” - “cachottière” (parce qu’il refusait de s’expliquer) et “mal conçue” (parce qu’il projetait d’écrire une bio intello sur quelqu’un qui “récusait le terme même”).

Mais qu’est-ce que c’est cette réduction des désaccords de principe à des attitudes personnelles ? Je rencontre cette réduction de plus en plus souvent, comme si on n’est plus capable de vivre des différends sans les personnaliser (et en les faisant disparaître ainsi de l’espace politique, public, commun). En ne pouvant pas concevoir la possibilité qu’une différence d’opinion concernant une publi-cation ne relève pas forcément de l’espace strictement privé, Dosse montre les limites de sa conception de son rôle en tant qu’écrivain abordant un sujet politique et philosophique (et non pas “intellectuel”, comme il disait). Cela confirme l’avis de mon ami, interviewé par Dosse, qui a eu l’impression que Dosse cherchait surtout des “anecdotes” auprès des témoins.

Restant ainsi dans la sphère privée-privée, Dosse, sans m’avoir jamais parlé, sait (on ne sait pourtant pas comment . . . ) que ma relation à Castoriadis a dû être “filiale” (p. 452). Il ne peut pas concevoir d’une amitié, nouée par l’engagement dans un projet politique commun, sans des hiérarchies familiales ou quasi-familiales. Pour ma part, je n’ai jamais lancé une baseball avec CC, il ne me donnait pas des conseils concernant les filles, et coucher avec sa femme ne préoccupait mon inconscient. Nous étions amis et collègues - même si, parfois, il m’appelait son “ange” (et jamais son “fils”).

L’exception, c’est si un “grand nom” apparaît pour remplir cet espace public, autrement vide. En l’occurrence, celui de Vincent Descombes, qui se voit reconnu, à tort, l’instigateur de la publication de mes trois tomes de traduction des Political and Social Writings chez l’University of Minnesota Press (ibid. et n. 12) ; Descombes n’avait pourtant rien à voir avec cette édition : avec l’accord de CC, j’ai écrit à 43 maisons d’éditions pour proposer un choix de textes tirés de ses 8 tomes dans la série d’Éditions 10/18, et c’est l’UMP qui a dit “oui” parce que John Fekete (moins connu et, d’ailleurs, vivant au Canada et non pas en France) a déjà publié une traduction d’un petit extrait de l’Institution imaginaire de la société dans une anthologie qu’il a éditée chez l’UMP. On passe sous silence, bien sûr, le fait que ce grand nom de Descombes - qui a été bien celui qui a rendu possible la publication de ma traduction Philosophy, Politics, Autonomy chez Oxford University Press - n’avait rien fait pour empêcher l’ajout d’un sous-titre abusif (Essays in Political Philosophy) à cette traduction de 1991, que Castoriadis, comme moi, rejetait parce que Castoriadis niait l’existence même de la “philosophie politique” (voir : http://kaloskaisophos.org/rt/rtdac/rtdactf/rtdactfppa.html ).

Je suis moi-même utilisé, par la suite, comme un petit “grand nom” : Curtis “se consacrera, après sa disparition [celle de CC], à diffuser son oeuvre partout dans le monde en mettant en place un site, ‘Agora International’, base de données exhaustive dans laquelle on peut trouver tous les écrits de Castoriadis” (ibid.). Pourtant, c’est Castoriadis qui, de son vivant, a lui-même trouvé l’hébergeur original pour le site Cornelius Castoriadis/Agora International www.agorainternational.org , et j'y travaille en tant que membre d’un collectif de bibliographes-webographes en 18 langues, dont Dosse ne mentionne pas un seul autre membre. Plusieurs autres membres de ce collectif sont par ailleurs mentionnés dans son livre, mais sans référence à leur appartenance à ce collectif ouvert et non hiérarchique. Dosse laisse donc l’impression que je fais tout ça “partout dans le monde” (!) tout seul, et sans l’accord de Castoriadis, ce qui est donc doublement faux.

Même lorsque je suis mentionné d’une façon élogieuse, et en compagnie d’autres soi-disant “spécialistes de l’oeuvre de Castoriadis”, ce que raconte Dosse est faux. Laurent Van Eynde et Sophie Klimis nous “voient arriver avec étonnement et satisfaction [sic]” aux premières “Journées Castoriadis”. écrit-il (pp. 473-74). Cependant, ces deux organisateurs ont censuré ma contribution, tout en refusant de préciser exactement quelles lignes de mon intervention se trouvaient peu satisfaisantes selon eux, Van Eynde m’expliquant simplement qu’il ne faut pas exposer “les jeunes” aux sujets “controversés”. Voir : http://1libertaire.free.fr/Castoriadis45.html ; David Ames Curtis, “Effectivité et réflexivité dans l’expérience d’un traducteur de Cornelius Castoriadis”, conférence prononcée le 28 mai 2004 au Séminaire Interdisciplinaire de Recherches Littéraires (SIRL) des Facultés Universitaires Saint-Louis (Bruxelles), lors du colloque “L’Imaginaire au carrefour de l'interdisciplinarité. Autour de Cornelius Castoriadis” (27-28 mai 2004), avec une suite en mai 2009 à la fin du texte : "Les Cahiers Castoriadis et la censure (Lettre ouverte)".

D’ailleurs, Clara Gibson Maxwell - une danseuse-chorégraphe qui a entretenu aussi des relations amicales et non pas filiales avec Castoriadis et une membre fondatrice d’Agora International (son nom ne figure pourtant pas sur la liste des membres fondateurs d’AI ; voir: p. 494) - a également été rayée de cette biographie, alors que Castoriadis, lui, a écrit à son égard :

"I have known Ms Clara Gibson Maxwell for over 11 years now. I have followed continually her work, and watched all the performances she gave in the Paris area. We have had extended and frequent discussions relative to her conception of dance, of its relation to the whole of culture and of its possible role in the contemporary social and historical situation. During her performances, I have been impressed by the strength of her technique, the elegance of her movements and the richness and originality of the choreography. ...I have been equally impressed, during our discussions, by the solidity, relevance and incisive character of her thinking about contemporary dance. Being myself a philosopher..., I listened with attention to what she had to say and found myself in agreement with her most of the time. ...." (http://kaloskaisophos.org/cgm/cgmcritics.html)

et que le film d’une performance qu’elle a faite lors d’un colloque autour de Castoriadis en 2011, et qui a été déjà projeté à Paris, à Bruxelles, à Rotterdam et à Göttingen, va être projeté, cette fois-ci en espagnol, le 8 octobre à Guadalajara lors d’un événement annonçant la sortie d’un nouveau livre sur Castoriadis : http://ciesasoccidente.edu.mx/presentacion-de-libro-tarantula/ Une occasion ratée, de la part de Dosse, pour montrer l’intérêt que portait Castoriadis pour les arts et que portaient les artistes pour son oeuvre (qui n’est pas “intellectuel” - Castoriadis écrivait ici plutôt “en tant que philosophe”).

Je n’ai pas encore lu le livre de Dosse en entier, donc ce que j’écris ici n’aborde que la question de son refus de recueillir mon “témoignage” (parce que je mettais en cause sa démarche) et ses lignes, trompeuses et contradictoires, me concernant. J’ai pu néanmoins noter déjà que certains témoins ont des souvenirs très partiels (ou la communication de ces témoignages par Dosse est, encore une fois, défaillante).

Alors, que faut-il en conclure ? Mon ami qui a suivi l’histoire de mon exclusion, m’a écrit : “I can see that he follow[ed] your advice about the title (not ‘Biographie intellectuelle’ but ‘une vie’)”. Mais au moment où il m’a écrit, mon ami n’a vu que le titre. Dans son Introduction, Dosse explique que “cette biographie ... naît d’un paradoxe. Comment expliquer qu’un intellectuel [sic] d’une telle ampleur soit resté à ce point marginal, négligé par l’Université jusqu’à la fin de sa vie ?” (p. 7). L’obsession par rapport à la vie intellectuelle universitaire reste entière, guidant son projet d’enquête et d’écriture dans son ensemble.

Il se trouve que cette obsession est aussi celle de l’Association Castoriadis, ou au moins de la petite clique qui garde pour elle la liste des membres et se fait réélire en utilisant les votes par procuration tirés de cette liste, non disponible aux membres de base. (C’est Olivier Fressard, membre du Conseil, qui aurait suggéré à Dosse d’écrire cette biographie.) Mais quand est-ce que les membres de cette association ont voté pour axer son travail autour de ce but si étriqué, comme si la reconnaissance universitaire (maintenant posthume) primait avant tout ? Moi, je suis membre, mais je ne me souviens pas d’une telle discussion, et, si cette organisation “démocratique” a pu faire cette décision en mon absence (lors, par exemple, d’une des réunions - sécrètes - de son Conseil), personne hors la clique ne peut le savoir, parce qu’il n’existe pas de comptes rendus.

Si je suis le seul à être exclu (même si je suis déjà convaincu, en feuilletant ces pages, que je n’y suis pas le seul dont la démarche a été mal présentée, et même si je vois que je ne suis pas le seul “témoin” écarté ou oublié - je note, dans l’Index des noms, l’absence du grand artiste, ami et compagnon politique de Castoriadis de longue date, Costis Triantaphyllou, qui ne supportait pas non plus la dérive de l’Association Castoriadis), c’est, dirait-on peut-être, ma faute. Personne d’autre, après tout, ne s’élevait (au moins à ma connaissance) ainsi contre ce projet de “bio intello”. Il se trouve, d’ailleurs, que certains abonné(e)s à la liste “SouBis” figurent bel et bien parmi les “témoins” qui acceptaient de jouer le jeu de Dosse, alors même que personne sur cette liste n’a répondu à ma question.

Penser, agir politiquement, c’est aussi dire ce qu’on pense, même lorsqu’on se trouve, au moins provisoirement, seul. Dans mon intervention de 2004 aux “Journées Castoriadis”, je citais Ralph Waldo Emerson sur le “génie” (genius en anglais) : “Speak your latent conviction, and it shall be the universal sense; for the inmost in due time becomes the outmost”.

Il se trouve que la fonction critique n’est pas complètement morte en France. Même La Croix questionne maintenant la démarche de Dosse :

François Dosse, infatigable enquêteur, a rencontré une centaine de «témoins» de la vie d’un «intellectuel d’une telle ampleur», dont il s’étonne qu’il ait été si peu reconnu par l’Université. Peu importe l’Université, en fait! Car chacune des très riches pages de cette biographie montre combien il aurait fallu 36 universités pour accueillir toutes les activités de Castoriadis” (Antoine Peillon, “Castoriadis sur le mont Olympe”, La Croix, 39994 [25 septembre 2014]: 11 ; http://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/Castoriadis-sur-le-mont-Olympe-2014-09-24-1211186).

Patrice Bollon va plus loin dans Le Magazine Littéraire :

Ce sont là des renseignements intéressants, mais on était en droit d’attendre plus d'une « biographie intellectuelle » : une évaluation de sa pensée, permettant de se repérer en elle et de voir aussi en quels endroits elle pose question ... ce n’est donc pas tant d’un Castoriadis, une vie - même revu et corrigé [dans une note, Bollon cite une erreur élémentaire de la part de Dosse concernant l’historien Glotz] - que nous aurions besoin, mais d’un « Castoriadis, un avenir » : une réflexion prolongeant, en n’hésitant jamais à la bousculer sur ses points faibles, celle qu’a entamée celui qu'on peut considérer comme le « nouvel Aristote » - d’une aide théorico-pratique essentielle - d’un XXIe siècle que nous, contemporains, avons encore, et en toute autonomie, à imaginer" (Patrice Bollon, “Le parcours d'un Titan”, Le Magazine Littéraire, 548 [octobre 2014]: 26-28 ; http://www.magazine-litteraire.com/mensuel/548/parcours-titan-01-10-2014-127625 ).

En vue de renforcer cette fonction critique, consubstantielle à la démocratie, et de la poursuivre, je publie les présentes remarques. On est en droit d’attendre d’un livre sur Castoriadis une certaine cohérence par rapport à l’oeuvre étudié, même éventuellement en s’en écartant, ce qui fait défaut, à mon avis, dans la conception même d’une bio intello sur Casto. La bévue de l’étude bourdivine de Ph. Gottraux sur Socialisme ou Barbarie est certainement encore plus monumentale. Mais il est possible d’étudier l’oeuvre de Castoriadis et l’histoire du groupe S. ou B., tout en restant en contact avec cet oeuvre et cette histoire précisément au moment où ils sont interrogés en profondeur. Le nouveau livre de Stephen Hastings-King, Looking for the Proletariat: Socialisme ou Barbarie and the Problem of Worker Writing (Leiden and Boston: Brill, 2014) - peut-être l’étude la plus sérieuse et la plus aboutie jamais publiée sur S. ou B., et qui s’inspire de l’idée de l’imaginaire chez Castoriadis pour mener à bien ce projet - montre ce qu’on peut attendre toujours de son héritage politique et philosophique.

La parrhēsia - le parler franc - est un élément essentiel de cette fonction critique publique.

—David Ames Curtis


Ce qui suit est ma contribution de septembre 2013 sur la liste “SouBis” concernant Dosse, intégrant l’invitation de Dosse et puis sa décision d’annuler mon rdv avez lui, la version de Dosse dans son livre étant tronquée. J’en ai enlevé tout de même ses adresses postale et électronique ainsi que son numéro de téléphone.


-------- Original Message -------- <br>Subject: [Soubis] Re: Fwd: Re: Castoriadis Date: Tue, 24 Sep 2013 16:26:49 +0200 From: David Curtis To: soubis[...]

Comme vous avez pu lire dans mon intervention sur la liste du 4 septembre (voir ci-dessous), je vous ai demandés si certains membres de cette liste ont déjà été contactés par F. Dosse, qui propose d’écrire une ‘biographie intellectuelle’ de C. Castoriadis et qui devait m’interviewer le lendemain.

Au lieu de me répondre sur la liste ou directement, quelqu’un a fait suivre ma question tout de suite à Dosse lui-même - qui a immédiatement annulé par courriel notre rendez-vous et refuse maintenant de communiquer avec moi.

J’ai dû vérifier sur internet qu’il s’agit bien de quelqu’un de six ans mon aîné, et non pas d’un jeune étudiant rédigeant un Mémoire, éduqué à l’heure du ‘self-esteem’.

Apparemment, l’histoire (‘bio intello’) - en l’occurrence celle de CC - ne sera pas écrite par les vainqueurs, mais par celui qui exclut d’office ceux qui simplement mettent en question sa démarche - ce qui n’est pas de bon augure pour la suite. Avant de poser des questions, mon expérience (mon ‘témoignage’) a été jugée valable par Dosse, pertinente à cette biographie ; après, on la jette dans un ‘trou de mémoire’ orwellien.

J’ai pu prendre contact moi-même avec quelqu’un déjà interviewé par Dosse, quelqu’un qui a connu CC plus longtemps que moi. Il me dit que Dosse a refusé, auprès de lui aussi, de s’expliquer par avance, ce qui a été frustrant également pour cet autre individu, parce qu’il voulait pouvoir se préparer afin de donner à Dosse le maximum d’informations pertinentes. L’entretien ne durait pas plus d’une heure. Dosse n’a jamais abordé les sujets en détail. Tout a été très informel, voire superficiel. Dosse donnait l’impression qu’il cherchait surtout les anecdotes.

J’imagine que ce n’est pas la peine d’envoyer ce courriel à Dosse directement. Quelqu’un sur notre liste va certainement s’en charger . . .

David


On 9/4/2013 1:17 PM, David Curtis wrote:

Y a-t-il quelqu’un parmi nous, à part moi, qui a déjà été contacté par François Dosse concernant son project d’écrire une ‘biographie intellectuelle’ de C. Castoriadis ? Je vais le voir demain.

Comme vous verrez ci-dessous, j’ai du mal à comprendre pourquoi il propose une bio intello de CC, alors que ce dernier récusait le terme même d’ ‘intellectuel’, et alors que cet écrivain refuse formellement de me dire quels sujets il veut aborder auprès de moi ou quels autres ‘intellectuels’ il étudie par rapport à l’oeuvre de CC. Toute cette démarche cachottière et mal conçue me semble assez bizarre.

David


-------- Original Message -------- Subject: Re: Castoriadis Date: Tue, 3 Sep 2013 10:34:39 +0200 From: François Dosse To: David Curtis

David Curtis,

Puisque vous dites "oui", prenons date, celle qui vous dérange le moins. Pour ma part, cette semaine cela m'est possible mercredi ou jeudi, sinon la semaine prochaine lundi 9 après-midi ou jeudi 12. Dites moi Bien à vous François Dosse François Dosse


Le 2 septembre 2013 18:16, David Curtis

Cher François Dosse :

Merci de votre réponse.

J’ai déjà répondu "oui" à votre invitation ; ce n’est pas la peine de me convaincre que vous êtes un auteur connu. Ici, au siège social de l’association, nous recevons, sans distinction, des étudiants qui commencent la préparation d’une Mémoire, des militants jeunes ou anciens, des professeurs et auteurs couronnés de succès.

Nous connaissons déjà votre travail, car nous avons déjà recensé plusieurs de vos textes qui font mention de Castoriadis, en commençant avec votre Histoire du structuralisme. (Si vous avez fait des références à CC et/ou à S. ou B. pas encore recensées dans nos bibliographies et webographies, merci de nous les signaler.)

Il ne s’agissait pas de combien de signes que vous avez déjà rédigés, mais de leur signification. Chaque fois que je traduis un livre de Castoriadis ou d’un autre auteur, j’écris un Translator’s Foreword qui est, dans sa forme et dans son fond, une élucidation de comment j’ai été transformé par le processus même de traduction du texte en question. Donc la forme et le fond changent chaque fois. Ce n’est pas la peine de me citer ce que vous avez publié auparavant. Je vous demande, surtout si vous avez déjà organisé en idées écrites plus d’un million de signes sur Castoriadis, comment vous voyez maintenant votre projet d’étude de Castoriadis par rapport à vos tentatives antérieures de ‘biographie intellectuelle’, vu du fait que Castoriadis conteste le terme même. Une question assez simple, raisonnable et pertinente.

Un drôle de proposition, de m’interviewer lorsque vous tenez secret toute description de ce que vous faîtes ainsi que des sujets spécifiques que vous voulez aborder auprès de moi. Mais pourquoi pas ? Certains écrivains ont du mal à s’en expliquer ou sont précieux par rapport à leurs propres écrits. Merci de me proposer une date pour cette rencontre hors du commun.

Pour ma part, j’essaie de rester ouvert à tout le monde, en partageant librement les informations que j’ai pu récolter (ainsi, le travail, seize ans durant, du site CC/AI où ce partage se fait entre +1.850 individus et organisations, d’une façon autonome et non hiérarchique). Mais ce qui m’importe, ce n’est pas l’oeuvre de Castoriadis en tant que tel mais ce qu’on peut faire avec. Le danger d’une ‘bio intello’, il me semble, c’est qu’on divise cet oeuvre en deux, confirmant ainsi l’analyse maladroite et bourdivine d’un Philippe Gottraux, qui parlait pompeusement des ‘champs’ intellectuel et politique séparés.*

Sincèrement,

David Ames Curtis *Lorsque Gottraux a eu le culot de demander à CC une prière d’insérer pour son livre sur S. ou B., CC lui a répondu, comme il m’a dit après, que c’est une chose de chier devant la porte de l’autre, mais c’est une autre chose, demandant encore davantage du culot, de sonner alors à la porte afin de demander à l’autre du papier toilette....


On 9/2/2013 12:52 PM, François Dosse wrote:

Cher David Curtis,

Je vous remercie pour votre réponse et j'espère bien avoir l'occasion très prochainement faire votre connaissance et recueillir votre témoignage sur votre ami Cornelius Castoriadis. A propos de ce que vous appelez mon "projet", il s'agit de bien davantage que cela puisque j'en suis déjà à plus d'1 million de signes écrits. Ce manuscrit en construction ne sera public qu'au moment de a parution, donc je ne peux rien en dévoiler, mais rassurez-vous sur le terme de "bio intellectuelle", il s'agissait simplement de vous signifier que pour moi (comme pour vous j'imagine) ce qu'il faut surtout retenir de Castoriadis est son oeuvre. Il peut être par contre légitime que vous en sachiez davantage sur ce que j'écris, je vous invite donc à jeter un oeil sur Google ou à quelques-uns de mes biographies : Ricoeur, Deleuze & Guattari, Certeau, Nora, toutes traduites en de nombreuses langues.... Bien à vous François Dosse. François Dosse


Le 2 septembre 2013 11:59, David Curtis

Cher François Dosse :

Merci de votre courriel.

J’ai un peu du mal à comprendre ce que vous proposez : une ‘biographie intellectuelle’ de mon ami et collaborateur Castoriadis, alors que lui, il disait du mot ‘intellectuel’ : ‘je n’ai jamais aimé (ni accepté pour mon compte) ce terme’.

Oui, ayant travaillé étroitement avec lui les treize dernières années de sa vie, je peux vous accorder ‘un petit moment’, voire beaucoup plus, si vous voulez. Comme vous savez, peut-être, il est enterré, à sa demande, dans le Cimetière du Montparnasse, de l’autre côté de la rue Froidevaux que de chez moi et ma femme.

Afin de pouvoir mieux cerner, pourtant, ce que vous proposez, auriez-vous la gentillesse de m’envoyer une description de votre projet. Avez-vous pu définir déjà par exemple, les concepts-clés que vous allez explorer dans cette ‘biographie intellectuelle’ ? Et il s’agit, en l’occurrence, de quels autres ‘intellectuels’, selon vous ? Comme ça, je peux mieux me préparer pour l’entretien. Je peux vous fournir, par exemple, la référence, un peu obscure, où Castoriadis explique qui a été à l’origine de l’idée que le capitalisme bureaucratique demande simultanément la participation et l’exclusion de la part des exécutants.

Plus généralement, en tant que membre du collectif des bibliographes du site Cornelius Castoriadis/Agora International, et dont les Archives de l’association Agora International se situent chez moi, je suis là pour aider qui que ce soit qui s’intéresse à l’oeuvre de Castoriadis et à l’histoire du groupe Socialisme ou Barbarie.

En attendant votre réponse, je vous prie, Monsieur, d’agréer mes salutations les meilleures.

David Ames Curtis Agora International E-MAIL: curtis@msh-paris.fr SKYPE: davidamescurtis Cornelius Castoriadis/Agora International Website URL: http://www.agorainternational.org URL: http://perso.wanadoo.fr/www.kaloskaisophos.org/rt/rtdac/rtdac.html


On 8/29/2013 9:28 AM, François Dosse wrote:

Cher David Curtis,

Comme vous l'avez sans doute appris, je suis en train d'écrire pour les éditions La Découverte une biographie intellectuelle de Castoriadis à laquelle je travaille depuis deux ans. Je souhaiterais vivement vous rencontrer pour recueillir votre témoignage. Auriez vous un petit moment à me consacrer ?

Bien à vous

François Dosse